Allocution de S.E.M Amar Belani, Ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Chef de Mission auprès de l’Union européenne. Conférence Ministérielle UpM sur la Coopération régionale et la Planification (Mer morte, Jordanie, 02 juin 2016)

Allocution de S.E.M Amar Belani,
Ambassadeur d’Algérie à Bruxelles, Chef de Mission auprès de l’Union européenne

 

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Monsieur le Ministre de la Coopération internationale et la Planification,
 
Monsieur le Commissaire européen,
 
Monsieur le Secrétaire général de l’UpM,
 
Excellences,
 
Mesdames et Messieurs,
 
Je tiens en premier lieu à remercier très chaleureusement les autorités du Royaume Hachémite de Jordanie pour leur généreuse hospitalité et pout la qualité de leur accueil, et féliciter le Secrétariat de l’Union pour la Méditerranée pour l’organisation réussie de cette Conférence Ministérielle ainsi que de la réunion des Hauts Fonctionnaires qui l’a précédée.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Sur un sujet aussi important que la coopération régionale, objet de cette première conférence ministérielle, il est utile, d’examiner d’abord son état actuel et les défis auxquels elle est confrontée, pour ensuite tenter des projections sur les conditions à même de permettre à cette coopération d’atteindre son plein potentiel et, pourquoi pas un jour, porter les germes d’une intégration réussie.
 
Pour l’Algérie, la coopération régionale signifie mettre en avant nos convergences pour créer ensemble un espace de paix et de prospérité partagée. C’est aussi la voie la meilleure non seulement pour la réduction de la pauvreté et la réalisation des objectifs du programme mondial de développement durable post-2015, adopté à New York, en septembre 2015, mais aussi pour la promotion et le resserrement des relations de bon voisinage entre les États, nourries par l’esprit de partenariat et empreintes de respect mutuel.
 
Ce qui fonde le besoin impérieux de cette coopération régionale dans l’espace euro-méditerranéen c’est d’abord la proximité géographique, l’histoire commune et l’aspiration partagée par les peuples de la région pour un avenir pacifique et prospère. Notre vulnérabilité aux défis et menaces à caractère transnational nous impose également d’améliorer la prévention et de mieux organiser la solidarité et l’entraide pour y faire face.
 
Au fil de l’évolution du partenariat euro-méditerranéen issu du processus de Barcelone (1995), nous avons assisté à la naissance et à la mise en œuvre d’un grand nombre de projets et de réseaux qui affichent, à côté du dialogue politique, un dynamisme plus ou moins constant.
 
L’approche régionale a ainsi contribué à définir et à mettre en œuvre des politiques dans des domaines aussi diversifiés que l’énergie, l’environnement, les transports, l’appui aux activités du secteur privé, la jeunesse, l’éducation ou la culture.
 
En dépit de quelques avancées a mettre au crédit du processus Euromed dont l’UpM est venue conforter quelques éléments positifs, il existe encore de grands défis et une importante marge pour le développement et le renforcement de cette coopération dont le potentiel intégrationniste est relativement fort.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Notre dessein stratégique commun de construire cet espace euro-méditerranéen de paix et de prospérité partagée est confronté à des enjeux cruciaux et à des défis majeurs :
 
S’agissant des défis, ils sont tout d’abord socioéconomiques. Le fossé et l’écart de développement ne cesse de se creuser entre les deux rives de la méditerranée. A la différence d’autres régions du monde, le Sud de la Méditerranée n’a pas pu amorcer des processus intégrationnistes et à quelques exceptions près, les économies des pays de la région se caractérisent par une offre industrielle peu compétitive et leurs exportations sont encore largement celles de pays en voie de développement.
 
L’autre aspect de la coopération économique qui reste décevant, est le volume des échanges entre les partenaires sud méditerranéens. Très faible à l’origine, en raison de l’extraversion structurelle vers les pays du nord, il n’a pas augmenté de manière significative. Le niveau d’investissement de l’Union européenne dans la région reste également peu élevé, bien en deçà des flux d’investissement dont bénéficient d’autres parties du monde.
 
Également, l’existence de différentes institutions intergouvernementales et initiatives au niveau régional a donné lieu à un cadre complexe et une multitude d’acteurs, d’opérateurs et de programmes, ce qui rend l’appropriation des projets et l’alignement sur des normes et priorités communes, une tâche difficile. A cela s’ajoute l’insuffisance de la transposition des politiques régionales au contexte national et dans la conception de politiques nationales orientées vers les intérêts régionaux.
 
Un autre facteur qui a contribué à provoquer des distorsions dans le processus d’intégration fut la conclusion, au niveau bilatéral, d’accords économiques et commerciaux entre l’UE et chaque pays du voisinage Sud. Ceci a généré des tensions entre les membres d’un même espace régional et relégué à un rôle secondaire les efforts d’intégration engagés de par le passé.
 
La projection de l’expérience de l’UE en tant que modèle d’intégration pour la région sud méditerranéenne devrait se traduire par un appui au renforcement des capacités institutionnelles, au développement économique et à l’amélioration de la gouvernance et de la stabilité régionale.
 
Cet objectif ne peut raisonnablement se concrétiser sans la constitution d’un fonds spécial, doté de ressources suffisantes et prévisibles, dédié à la région qui soutiendrait la trajectoire d’un engagement progressif vers l’intégration et le développements économique de la région, avec une importance croissante accordée au développement de politiques communes dans le domaine de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, des énergies renouvelables, de la connectivité énergétique et des infrastructures, de la gestion des ressources naturelles et de l’environnement, ainsi que dans la lutte coordonnée contre les pandémies et la prévention des catastrophes naturelles.  Le curseur doit être résolument mis sur la promotion de la croissance inclusive, la création d’emplois, et plus particulièrement l’employabilité des jeunes car c’est le gage incontournable pour une stabilisation durable de la région.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Outre les enjeux socioéconomiques, l’un des principaux défis sur la voie de la coopération régionale renforcée est lié à l’instabilité et à l’insécurité qui sévissent dans la région, et face auxquelles les agendas parfois divergents  des Etats de la région empêchent l’émergence d’une approche régionale commune, ce qui complique le règlement des situations de conflit.
 
Ainsi, le développement d’une coopération régionale globale est-il soumis aux aléas du processus de paix au Moyen-Orient et aux convulsions et autres péripéties qui entourent le dossier du Sahara occidental. Sa concrétisation passe également par une solution pacifique, inclusive et consensuelle aux conflits en Libye et en Syrie.
 
Les enjeux sont enfin culturels. Car il s’agit de faire front commun pour prévenir une nouvelle ligne de fracture dans notre région et contrer la surenchère toxique et mortifère nourrie par les extrémistes de tous bords qui contribue à la montée du racisme et de l’islamophobie.
 
Comme toile de fond de tout ce qui précède, les questions centrales évoquées tantôt à la fois pour la paix et la stabilité régionale comme pour le développement humain durable, doivent être abordés dans le strict respect du mandat et de la spécificité de l’UpM. Cette Union à laquelle nous tenons tous, doit évoluer à l’abri des clivages politiques et se focaliser sur ce qui a constitué, depuis le début, sa vocation et sa mission originelle: promouvoir l’intégration économique à travers de grands projets fédérateurs réalisés dans un cadre flexible, pragmatique et à géométrie variable. A cet égard, il est important de souligner que le projet de feuille de route de l’UpM qui n’a rien de technique et qui ne peut valablement pas être présenté comme un simple plan d’action, doit faire l’objet d’une décision politique consensuelle de la part de nos ministres des affaires étrangères, au cours d’une réunion statutaire, car ils sont les dépositaires du mandat politique que leur confèrent les textes fondateurs de l’UpM. Cette dernière est certes un pourvoyeur et un contributeur d’intégration mais elle ne peut certainement pas prétendre à l’exclusivité dans ce domaine tant il existe d’autres cadres régionaux et sous régionaux dont la valeur ajoutée est solidement établie. Et je pense en particulier au 5+5 qui a fait les preuves de toute sa pertinence en la matière.
 
Mesdames et Messieurs,
 
L’appui de l’Algérie à la coopération Sud-Sud, et d’une manière particulière en Méditerranée occidentale, s’insère dans un contexte de relations toujours et sans cesse plus étroites avec les États de la sous-région, avec lesquels elle partage une parenté historique et sociologique, et un destin commun.
 
Au niveau maghrébin, l’Algérie revendique son attachement indéfectible à la construction maghrébine qui procède d’un choix stratégique incontournable et qui constitue un horizon d’attente de même qu’une aspiration légitime des peuples de la région. Il s’agit en outre d’une exigence de viabilité économique dictée par la mondialisation et la prolifération des regroupements régionaux.
 
L’évolution erratique de cet ensemble sous-régional est due aux obstacles artificiels dressés sur la voie de l’intégration sous-régionale et que la partie en cause est appelée à transcender, si réellement, elle est animée du désir sincère de promouvoir la construction maghrébine. Cette situation est également due, au niveau inégal de ratification des instruments de coopération adoptés au niveau maghrébin, qui sont un indicateur fiable de la volonté politique des uns et des autres, et un catalyseur du processus intégrationniste.
 
Outre le fait qu’elle se distingue remarquablement par le nombre d’accords ratifiés, l’Algérie a, bien avant la création de l’UMA, inscrit tous ses projets structurants dans une perspective d’intégration. Cela vaut pour les infrastructures physiques de transport du gaz, de la connexion des réseaux électriques que pour le réseau routier et ferroviaire.
 
Dans sa conception des choses, l’Algérie considère qu’il serait inapproprié d’appréhender l’intégration sous le seul prisme de l’ouverture commerciale, surtout quand celle-ci se réduit à l’écoulement de produits et marchandises fabriqués en dehors de la région. Faisant preuve d’ambition, elle plaide en faveur de la mise en place d’une « communauté économique maghrébine » fondée sur l’investissement interne, la complémentarité et les avantages comparatifs qu’offre chaque pays par rapport aux autres.
 
C’est la raison pour laquelle l’Algérie a renouvelé lors de la 32e session du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union du Maghreb arabe (UMA), tenue à Rabat en mai 2014, sa volonté d’accueillir une conférence portant sur la « Communauté économique maghrébine », afin d’approfondir l’étude et de rechercher les voies et moyens de concrétiser le projet d’intégration maghrébine. En fait, mon pays ne cesse, depuis 2012, d’appeler a la refonte de la gouvernance et des institutions de l’UMA pour adapter cette organisation aux mutations en cours dans notre région et pour lui permettre de faire face aux défis qui confrontent notre espace, notamment le terrorisme, la radicalisation, la migration, la criminalité transnationale et le trafic de drogues.
 
Sur le volet sécuritaire, l’Algérie a toujours souligné l’importance de la lutte collective et coordonnée contre les menaces transfrontalières, notamment le trafic d’êtres humains, les réseaux de passeurs, les trafics de drogues, la criminalité internationale et le terrorisme…
 
En attendant le parachèvement du processus consensuel issu de la déclaration d’Alger, adoptée lors de la réunion des MAE maghrébins le 9 juillet 2012, nous continuons d’aspirer à la mise en place d’une stratégie sécuritaire maghrébine globale pour faire face aux dangers du terrorisme, du crime organisé, du trafic de drogues, d’armes et des êtres humains, de l’émigration clandestine et des organisations criminelles.
 
 
Enfin, je ne saurais terminer mon intervention sans m’arrêter brièvement sur un concept géopolitique aux contours flous, que l’on évoque ici et là et de manière plus ou moins explicite : je veux parler du concept « des voisins des voisins ». La position de mon pays est plus que réservée, sur cette approche élargie inconsidérément a d’autres espaces extra-regionaux dont les limites ne peuvent être établies. Cela reviendrait en définitive a complexifier davantage les processus en cours dans notre région euro-méditerranéenne en leur plaquant et en leur transposant d’autres problématiques spécifiques qui sont mues par des dynamiques politiques, socio-économiques et sécuritaires qui sont propres à ces ensembles extrarégionaux. Nous estimons que notre intérêt commun nous commande de nous concentrer exclusivement sur le périmètre géographique stricto sensu de notre processus euromed.

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